
Pourquoi les personnes très performantes ont de la difficulté à ralentir
« Cette semaine en Namibie, mon guide m’a dit quelque chose de simple qui m’a arrêtée net : ‘J’aime pas quand il n’y a rien à faire. C’est presque douloureux.’ Il ne parlait pas d’un problème de dirigeant. Il parlait de nous. »
Je tombe souvent dans ce piège. Et plus j’accompagne des dirigeants, des entrepreneurs et des personnes très performantes, plus je retrouve exactement le même pattern.
Nous sommes nombreux à voir le ralentissement comme une perte de temps. Parfois même comme une faiblesse. Ou comme un mal nécessaire pour récupérer physiquement avant de repartir encore plus vite.
On ralentit…
Enfin, c’est ce qu’on croit.
On remplace le travail par du yoga.
Puis le yoga par de la méditation.
Puis la méditation par une retraite de silence.
Mais au fond…
avons-nous réellement ralenti ?
Ou avons-nous simplement changé d’activité tout en gardant exactement la même vitesse intérieure ?
Le corps est au yoga. Mais la tête prépare déjà la prochaine réunion. Le corps est en vacances. Mais le cerveau organise le retour.
Le pire ?
Avant les vacances, on accélère encore davantage pour « tout finir ».
Puis on revient en disant :
« J’avais besoin de vacances. »
Vraiment ? Ou est-ce qu’on n’a jamais réellement quitté notre vitesse de croisière ?
Cette semaine, en Namibie, mon guide m’a lancé une phrase qui m’a fait sourire.
« Je préfère ce lodge-là. Il y a des choses à faire. Je n’aime pas quand il n’y a rien. »
J’ai réalisé que ce n’était pas seulement un problème de dirigeants ou d’entrepreneurs. C’est probablement devenu un réflexe culturel. Nous sommes nombreux à ressentir un inconfort dès que le mouvement s’arrête.
Quand la vitesse devient votre super pouvoir
Au début de notre carrière, aller vite est une force extraordinaire. On comprend rapidement. On retient énormément d’informations. On oublie peu de choses. On livre à temps. On règle les problèmes plus vite que les autres.
Très rapidement, les promotions arrivent. Les responsabilités augmentent. Les gros dossiers arrivent sur notre bureau.Les clients importants nous choisissent.
Pourquoi ?
Parce qu’on est fiable.
Parce qu’on avance vite.
Parce qu’on donne confiance.
Notre vitesse devient notre réputation.
Et tranquillement… elle devient aussi notre identité.
On commence à croire que notre valeur provient de cette capacité à aller plus vite que les autres. Alors on accélère encore. Parce que ça fonctionne.
Le piège invisible des personnes très performantes
Puis arrive un moment où quelque chose change. Les responsabilités augmentent. Alors, comme la vitesse a toujours été notre force, notre réflexe est simple : accélérer encore.
On accepte un plus gros mandat.
On prend une promotion.
On gère une équipe plus grande.
On lance un nouveau projet.
Et comme, jusqu’à maintenant, notre capacité à aller vite nous a toujours permis de réussir, on en conclut naturellement que la solution est de… aller encore plus vite.
D’ailleurs, c’est exactement ce que j’observe lorsque des personnes très performantes viennent me consulter. Elles me disent presque toutes la même chose :
« J’aimerais être mieux organisée. »
Mais en creusant un peu, ce qu’elles veulent réellement dire est :
« J’aimerais être capable d’aller encore plus vite. »
Et c’est là que tout devient intéressant. Parce qu’à un certain niveau de responsabilités, être mieux organisé ne signifie plus aller plus vite.
Ça signifie exactement l’inverse. Cela signifie diminuer volontairement la sensation de vitesse. Au début de notre carrière, la vitesse est un avantage compétitif.
Mais après un certain seuil, elle devient un plafond.
Le cerveau est saturé. Les journées sont pleines. Les décisions deviennent réactives. La créativité diminue.
On a l’impression de courir du matin au soir… tout en ayant de moins en moins d’espace pour réfléchir.
Autrement dit, la vitesse qui nous a permis d’arriver jusqu’ici devient progressivement l’obstacle qui nous empêche d’aller plus loin. C’est profondément contre-intuitif.
Parce que nous avons construit toute notre identité autour de cette vitesse. Nous avons appris que :
plus vite = plus performant.
Alors qu’à un certain niveau, la nouvelle équation devient :
plus d’espace = plus performant.
Et ce changement est probablement l’un des plus difficiles à fa
Les cinq niveaux de l’organisation
À force d’accompagner des centaines de personnes, j’ai réalisé que l’organisation évolue par niveaux.
Au premier niveau, les gens pensent souvent que leur improvisation est leur plus grande force. Ils aiment dire qu’ils sont spontanés, créatifs, qu’ils travaillent mieux sous pression ou qu’ils détestent être enfermés dans une structure.
Et ils ont souvent raison.
Le problème n’est pas leur créativité. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas encore un système capable de soutenir cette créativité.
Puis ils construisent progressivement les fondations : des objectifs clairs, une meilleure gestion du temps, un système pour organiser leur savoir et une façon plus structurée de gérer leurs projets.
Ils deviennent alors extrêmement performants. Et c’est là qu’un nouveau piège apparaît. Ils commencent à croire que leur vitesse est la raison de leur réussite. Après tout, c’est grâce à elle qu’ils ont obtenu leurs promotions, gagné la confiance de leurs clients ou pris davantage de responsabilités.
Alors, naturellement, ils cherchent encore à accélérer. Ils veulent un meilleur agenda, une meilleure méthode, un meilleur logiciel, une meilleure organisation. Mais toujours avec le même objectif : aller plus vite.
Et c’est précisément là que le prochain niveau commence. À partir d’un certain seuil de responsabilités, une meilleure organisation ne cherche plus à augmenter la vitesse.
Elle cherche à augmenter le calme.
Non pas parce qu’on travaille moins, mais parce que notre cerveau n’a plus besoin de vivre dans une sensation permanente de vitesse pour avoir l’impression de produire un travail exceptionnel.
Je crois que c’est probablement l’une des transformations les plus difficiles chez les personnes très performantes, parce qu’elle donne l’impression d’abandonner une qualité qui nous a permis de réussir jusque-là.
Non pas la vitesse elle-même. Mais l’idée que la sensation de vitesse est la preuve que nous sommes performants.
Aujourd’hui, il faut apprendre à mesurer de moins en moins la qualité de son organisation par tout ce que l’on accomplit dans une journée, et de plus en plus par le calme avec lequel on est capable de l’accomplir.
Et pour y arriver, il ne faut pas renoncer à sa créativité, à sa flexibilité, à sa capacité d’improviser ou à sa vitesse d’exécution.
Il faut construire un système d’organisation qui permet de conserver toutes ces qualités… sans vivre dans une impression constante d’urgence.
Le niveau supérieur de l’organisation ne consiste pas à choisir entre la vitesse et le calme. Il consiste à faire autant, parfois davantage, mais avec un profond sentiment de calme intérieur.
C’est exactement ce sur quoi je travaille avec les dirigeants et entrepreneurs que j’accompagne en privé. Pas à aller plus vite — à construire le système qui leur permet enfin de souffler, sans rien sacrifier de ce qui les a amenés où ils sont.
Si cette idée vous parle, je vous invite à me contacter. On commence toujours par une conversation. isabelle.depatie@scaling-agent.com


