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Développer son intelligence émotionnelle au travail

intelligence émotionnelle au travail

Selon le Forum économique mondial (The Future of Jobs Report 2018), l’une des 10 compétences à maîtriser en milieu de travail est l’intelligence émotionnelle. Ce concept de Salovey et Mayer apparu en 1990 décrit la capacité d’une personne à percevoir et gérer ses émotions et surtout à tenir compte de ses émotions pour s’adapter à son milieu.

Personnellement, je suis heureuse de voir l’intelligence émotionnelle devenir l’une des compétences importantes du milieu de travail. Car jusqu’il y a peu de temps, les gestionnaires avaient tendance à faire abstraction des émotions de leurs équipes au lieu de les valoriser et d’apprendre à les gérer. Pendant de nombreuses années, être professionnel consistait à ne pas avoir d’émotion.

Pourtant, les émotions sont le moteur du changement, de la motivation, de la créativité et de la prise de décision alors pour quoi chercher à les éliminer ? Si vous ressentez des émotions au travail, c’est plutôt une excellente chose. C’est pour cette raison qu’il faut développer votre intelligence émotionnelle afin de savoir comment gérer ces émotions. Ce dernier point est important surtout si vous travaillez dans une entreprise qui n’a pas encore intégré le concept d’intelligence émotionnelle et que cela vous oblige à réprimer vos émotions. Une fois n’est pas coutume, la clé pour développer ce type d’intelligence sera le temps !

Les paramètres de l’intelligence émotionnelle

Avant de regarder comment développer cette intelligence, prenons connaissance de sa définition. L’intelligence émotionnelle se définit comme suit :

Capacité de percevoir, d’utiliser, de comprendre, de gérer les émotions. Les personnes ayant une intelligence émotionnelle élevée peuvent reconnaître leurs propres émotions et celles des autres, utiliser des informations émotionnelles pour guider leurs actions.

Il y a donc deux aspects importants dans l’intelligence émotionnelle.

  1. La capacité de reconnaître ses émotions et celles des autres,
  2. La capacité de s’adapter efficacement, guider la pensée et le comportement

Ces deux aspects montrent pourquoi il est important pour un gestionnaire d’avoir une bonne intelligence émotionnelle et en quoi cela l’aidera à être meilleur.

1. Détecter ses émotions

Si vous réalisez, par exemple, que la vitesse de votre pouls augmente tout d’un coup alors que vous ne faites aucun effort physique, c’est que vous vivez une émotion et que cette émotion est potentiellement négative. Il existe plusieurs types d’émotions au travail, mais les plus difficiles à gérer sont souvent celles liées à l’anticipation d’un futur qui vous déplaît. Ces émotions peuvent venir de diverses situations telles que :

  • Vous ressentez de la frustration, car vous avez peur de ne pas avoir assez de temps pour faire un bon travail ou de bien terminer votre projet en cours.
  • Vous angoissez parce que l’objectif que l’on vous a fixé est quasiment impossible à atteindre.  Et anticipez que vous allez devoir travailler deux fois plus.
  • Vous avez peur de perdre quelqu’un ou quelque chose, comme un collègue qui démissionne ou un projet qui vous tenait à cœur et qui tombe à l’eau.
  • Vous êtes triste, car vous avez l’impression que votre point de vue ne compte pas. Qu’il n’est pas pris en considération.
  • Vous êtes agacé de ne pas avoir été inclus dans une discussion importante à laquelle vous auriez aimé participer.

Les émotions négatives ne sont malheureusement pas les bienvenues dans le milieu du travail et pourtant, si vous regardez les situations ci-dessus, elles viennent toutes d’un désir de bien faire les choses et de contribuer. Il faut se rappeler qu’une émotion n’est qu’une information que votre corps vous envoie pour vous pousser à agir, il n’y a donc rien de négatif à vivre une émotion, même négative. C’est votre capacité à gérer ces émotions qui peut générer de l’inconfort autour de vous.

Les émotions en étapes

Pour éviter ces situations, la première étape consiste à détecter que vous vivez une émotion. Dès que notre pouls s’accélère, vous devez chercher ce qui vous affecte dans la situation actuelle. Il peut parfois être difficile de faire cette analyse alors que vous êtes encore agité, si c’est le cas, faites une pause et relaxez-vous et prenez le temps de mettre des mots sur cette émotion.

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2. Reconnaître les émotions des autres

Un autre aspect essentiel de l’intelligence émotionnelle est de savoir déceler les émotions de votre entourage. Si, par exemple, vous décelez un changement de comportement de la part de votre collègue, il y a de fortes chances qu’il soit en train de vivre une émotion. Si vous remarquez que ce collègue :

  • Ne vous écoute pas ou très peu.
    • Toutes les informations que vous lui partagez ne semblent pas comprises.
  • À un comportement inhabituel,
    • Votre collègue vous parle rapidement et vous coupe constamment, plus que d’habitude
    • Il ne parle plus alors qu’il a l’habitude de s’exprimer,
    • Il met plus d’intensité ou d’énergie dans son discours
  • Se répète beaucoup.
    • Vous avez pourtant l’impression que vous l’avez compris, mais il continue de répéter.
  • Ne vous regarde pas dans les yeux ou évite votre regard.
  • Semble avoir un pouls élevé.
  • Évite de répondre à votre question.

Si vous détectez un de ces comportements, c’est qu’il est temps d’utiliser les astuces d’adaptation présentées plus bas. Grâce à celles-ci, vous devriez pouvoir vous ajuster et ainsi être sur la même longueur d’onde que votre interlocuteur.

3. S’adapter à la situation : ajuster sa longueur d’onde

Sur le moment, il n’est pas toujours facile d’agir lorsque vous ou un collègue vivez une émotion. Le plus simple selon moi est d’ajuster votre longueur d’onde. En physique, l’équation de la longueur d’onde est : Vitesse/Fréquence. Donc pour ajuster votre longueur d’onde il faut prendre en compte ces deux paramètres.

3.1 La fréquence

La fréquence ici représente le sujet de conversation, et le niveau de détail utilisé. Pour être sur la même fréquence qu’une autre personne, il faut parler le même langage. Vous pourriez ne pas être sur la même la fréquence si :

  • Vous utilisez un vocabulaire que l’autre ne connait pas.
    • Comme des acronymes.
  • Le sens des mots que vous utilisez peut ne pas être le même pour tout le monde.
    • Cette semaine par exemple, mon éditrice m’a dit que selon elle le verbe influencer possède une connotation négative, alors que de mon point de vue l’influence est l’une des responsabilités les plus importantes du manager. Alors, si je dis à quelqu’un qu’il doit influencer la décision et que cette personne y voit un angle négatif, il y a de fortes chances que notre discussion ne se déroule pas aussi bien.
  • Le niveau de détail des différents intervenants est différent.
    • Par exemple, vous parlez avec un expert de la pile à combustible et il vous parle de la courbe de polarisation monocellule qui n’est pas bonne. Il y a de fortes chances que vous ne compreniez pas ce qu’il dit. Et après un certain temps, vous pourriez même être agacé de ne rien comprendre.
  •  Il est possible que le sujet abordé ne soit pas lui-même compatible.
    • Par exemple, parler de l’importance des humains et des émotions dans la prise de décision stratégique d’affaires n’est pas un sujet qui peut être abordé avec n’importe qui. Certains interlocuteurs ne sont peut-être pas encore prêts à parler de cela.

Donc, si vous sentez que votre conversation irrite votre interlocuteur, soyez attentif. Essayez de comprendre si ce qui pose problème vient du sujet, du vocabulaire, du sens des mots ou du niveau de détails.

Impact de la taille du groupe :

Si le groupe avec lequel vous partagez une information est très diversifié, il pourrait être difficile d’avoir une fréquence qui rejoint l’ensemble du groupe. Donc pour les sujets difficiles, assurez-vous d’avoir un groupe plus homogène qui vous permettra d’adapter votre message. Vous devez aussi vous rappeler que plus le groupe est grand, plus il est difficile d’être sur la bonne fréquence et soyez vigilant de ne pas créer une chambre d’écho.

3.2 La vitesse

Si la situation n’est pas fluide alors que vous être certain d’avoir la bonne fréquence, autrement dit le bon sujet, au bon niveau de détail, avec le bon vocabulaire et un sens des mots compatible c’est que vous devez jouer avec la vitesse. Voici quelques astuces pour jouer avec la vitesse :

  • Pour ceux qui aiment avoir du temps pour intégrer l’information.
    • Envoyez l’information avant la rencontre officielle.
  • En réunion, si vous remarquez que la question ou l’information partagée paralyse, changez de sujet et revenez-y plus tard dans la même rencontre ou dans la suivante. Il y a de fortes chances qu’un peu de temps suffise à l’équipe pour l’intégrer.
  • Si vous anticipez qu’une information soit plus complexe à intégrer.
    • Assurez-vous d’organiser une rencontre assez longue pour aborder le sujet. Faites des pauses et allez au rythme de l’équipe.
  • Si vous remarquez que votre public « s’endort », c’est que vous n’allez pas assez vite.
    • Vous faites peut-être trop de pauses, vous vous répétez trop, vous n’amenez pas assez rapidement de nouvelles idées.
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Mais faites attention, même si vous aimeriez parfois aller plus vite, rappelez-vous qu’il est impossible d’aller plus vite que la vitesse du plus lent sans risquer de faire des dommages. Pour bien comprendre cette règle, imaginez-vous skier avec votre grand-mère ou vos enfants. Même si vous aimeriez skier plus vite avec eux, ce n’est pas possible sans risquer leur sécurité. C’est la même chose lorsqu’on travaille en équipe, intégrer une information et bien collaborer prend du temps.

4.  Astuces pour exprimer ses émotions au travail

Vous devez savoir qu’il est impossible d’être bon du premier coup alors soyez indulgent avec vous-même ! Tout comme c’est en forgeant que l’on devient forgeron, c’est en utilisant ses émotions que l’on peut développer son intelligence émotionnelle. Si vous n’essayez pas, que vous ne faites pas quelques erreurs, vous ne développez pas votre intelligence émotionnelle, mais pour y arriver sans trop de risques voici quelques astuces :

4.1 La pause

Avant de verbaliser de votre émotion, prenez une bonne respiration et faites une pause. Dans la mesure du possible, attendez que notre pouls repasse en dessous des 100 pulsations par minute.

4.2 Nommer l’émotion

Si l’environnement le permet, nommez ce qui se passe en vous avant d’exprimer votre point de vue. Par exemple,

  • « Je suis désolé, mais cette nouvelle me bouleverse, j’ai besoin de plus de temps pour réfléchir aux implications et vous revenir avec des propositions constructives. »
  • « Cette situation me perturbe, je suis donc désolée d’avance si ce que je vais dire vous choque, mais je sens que je ne suis pas la seule personne à ressentir cette émotion en ce moment et je pense qu’il pourrait être constructif d’en parler en équipe. Nous pouvons aussi, si vous le préférez, en parler à un autre moment. »
  • « Suis-je la seule personne à ne pas être excitée par cette nouvelle, et à voir l’ensemble des risques que cette décision/information comporte ? Si c’est le cas, je ne veux en aucun cas déranger qui que ce soit, nous pouvons reparler à un autre moment ».

La meilleure chose à faire lorsque l’on exprime des émotions qui peuvent générer un inconfort pour les autres est d’offrir une porte de sortie à ses interlocuteurs. Il est primordial de leur montrer qu’il n’est pas obligatoire de se lancer dans cette conversation immédiatement surtout si ce n’est pas le bon moment pour eux. Il faut permettre aux autres de passer à un autre sujet sans se sentir mal, cela permet de mettre en avant ce qui est important pour vous, mais sans vous imposer.

4.3 Observer les émotions des autres

Si l’environnement ne permet pas d’exprimer vos idées et votre pensée immédiatement, observez ceux qui tentent de s’exprimer sans succès. Observez le langage corporel des autres participants et identifiez ceux auprès de qui vous pourriez exprimer vos idées dans un deuxième temps.

4.4 Se rétracter et s’excuser si nécessaire

Et n’oubliez pas que si vous brusquez quelqu’un il est sage de s’excuser, et ce même si vous pensez que la personne surréagit. Même en faisant ce que vous pensez être la bonne chose, vous pourriez obtenir un effet inattendu. Dans ces cas là, l’important est de s’ajuster ! Rétractez-vous ou excusez-vous. Il peut vous arriver d’aller trop loin, mais dès que quelqu’un vous le signale, il faut agir, se déplacer et s’excuser. Ce qui serait grave, c’est de ne rien changer une fois que vous savez que vous êtes allé trop loin.

Conclusion

Pour développer votre intelligence émotionnelle, le plus important est de vous exercer, d’être courageux et de montrer l’exemple. Rappelez-vous qu’une émotion vous indique un élément important de vos vies alors voyez-les comme des trésors qui vous guident vers une meilleure solution. Il est certain que si vous travaillez dans une entreprise où les émotions sont mal perçues, ce sera plus difficile pour vous. Si c’est le cas, créez un sous-groupe de collègues en qui vous avez confiance et exercez-vous. Pour vous faciliter la tâche, je vous suggère de présenter le concept des trésors à cette équipe.

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Comment transformer vos frustrations en super pouvoir?

Photo by Tengyart on Unsplash

3 réponses

  1. Cherazade dit :

    Merci pr cet article très complet ! Il est vrai qu’aujourd’hui c’est un sujet très important et difficile à appliquer ! Le plus difficile or moi est de nommer l’émotion !

    1. Isabelle dit :

      même chose pour moi, mon astuce pour le moment est que de détecter que j’en ai une négative en cours et prendre une pause.

  2. L’intelligence émotionnelle est un sujet bien vaste.
    Savoir exprimer ses émotions est en effet très important et pour cela j’aime beaucoup la communication non violente.
    Merci pour cet article 😀

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